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Kréol

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Tout Mauricien ayant habité à l’extérieur a eu un jour à expliquer à quelqu’un ce que c’est que le créole, notre langue maternelle. L’explication la plus simple est souvent de dire que c’est du broken french. Aussi, lorsque quelqu’un vous voit converser avec des amis Mauriciens, il n’est pas surpris de vous entendre utiliser des mots comme laboutik, lékol, lisien ou zégwi qui sont dérivés de la boutique, l’école, le chien et aiguille. De la même manière, il lui est facile de comprendre que dimé veut dire demain, douri veut dire du riz, lafnet veut dire la fenêtre, batate veut dire patate, padkwa veut dire pas de quoi, kikenn veut dire quelqu’un et kiksoz veut dire quelque chose. C’est facile kouma dilo disik… de l’eau sucrée quoi.

Toutefois, il lui faut un plus gros exercice mental pour comprendre que ‘Panga to pa vini’ veut au fait dire ‘Prend gare si tu ne viens pas!’. Et si jamais il vous demande comment se sont passés vos examens, il vaut mieux éviter de lui dire, ‘Mo finn débriyé’, il ne va pas nécessairement comprendre que cela veut dire que vous vous êtes débrouillés. Bon, chombo enn kou, saviez-vous que le mot chombo veut au fait dire ‘Tiens bon’? Ouadiré, wadiré si on suit l’orthographe créole, que vous ne le saviez pas, n’est-ce pas?

L’influence du français, et des Français, sur notre pays, est présente partout autour de nous. En commençant par les noms des endroits comme Bon Accueil, Quatre Bornes, Cap Malheureux, La Gaulette et autres, l’Espérance. Certains chercheurs situent au souverain Louis XV l’origine du nom de notre capitale, Port Louis, qu’il est devenu tendance de prononcer Porlwi en créole mauricien, et Parrr Louis par ceux qui ont gardé l’accent français.

En étudiant l’intégration de la langue française au pays, on a l’impression de suivre le parcours de quelqu’un qui a immigré ailleurs, beaucoup des mots se sont adaptés au pays d’accueil, il y a des phrases qui ont évolué, certains ont muté, contracté des alliances, ont eu des enfants, pour finalement se construire une nouvelle vie. Ainsi le terme ‘beaucoup de monde’ a donné naissance à ‘boukou dimounn’ et le mot dimounn est par la suite devenu un mot valise qui est utilisé dans un sens large pour désigner une personne, enn bon dimounn ; les gens, bann dimounn ; un être humain, enn dimounn ; ou même la race humaine, dimoun lor laterre.

De la même manière, les phrases ‘traverser la rue’ et ‘sauter pour aller de l’autre côté’ sont devenues une seule expression sot lari ou sot simé. Il y a d’autres mots qui ont pris les couleurs du pays, comme oignon est devenu zonion, simagrées est devenu simagri, salle de bain est devenu lasam bain. Les personnes âgées ont également parfois leur propre vocabulaire, ils disent poson au lieu de poisson, bouscuit au lieu de biscuit et zounou au lieu de genou.

Il y en a d’autres mots qui se sont construits une nouvelle identité chez nous, à tel point que leur famille d’origine ne les reconnaîtront plus. Par exemple le mot ‘défalquer’ qui à l’origine veut dire ‘déduire quelque chose d’un total’ est devenu en créole, défalké qui veut dire se débarasser de quelque chose ou de quelqu’un, d’où l’expression ‘défalké sa depi la’ ou encore se sauver comme dans l’expression ‘bizin défalké dépi la’.

Et puis, il y a ceux qui sont maintenant tout simplement méconnaissables. Quand vous étiez petit, vous a-t-on déjà dit: To rezinbé kouma lagal 7 ans? Apparemment rezinbé vient du verbe regimber qui se réfère à un animal qui se rue au lieu d’avancer, donc un animal récalcitrant qui est devenu lagal 7 ans.

Toutefois, il y a également des mots couramment utilisés qui sont l’héritage des travailleurs indiens. Par exemple, le mot hindi dhobi désigne quelqu’un dont l’occupation traditionnelle était de laver les vêtements. Lallmatee décrit un endroit où la terre est rouge. Puis, quand quelqu’un veut nous annoncer une nouvelle surprenante, il va souvent dire, Attan mo ferr twa gagne enn choc samachaar. Et quand on veut prendre la fuite, on dit bizin chal makaya. Il était courant aussi d’embêter un camarade portant un intérêt pour la chanson et le spectacle en l’appelant Mikel Jaykissoon pour dire qu’il est un Michael Jackson local.

Dans la cuisine, il y encore aujourd’hui des ustensiles que les travailleurs utilisaient autrefois comme le belna chawki ou le dal gotni qui font partie du langage populaire. Il y a également le mot godown, un endroit fermé où l’on stockait les céréales telles que le riz et le blé, qui a évolué pour devenir godam voulant dire un store et également godon, la pièce d’à côté. Le mot godon est d’ailleurs présent dans la comptine de notre enfance, Un pain p’tit godon, 3 bananes qui y sont. Battez, fouillez p’tit cochon. Un, deux, trois tirez-vous dehors…

De la même manière, beaucoup de noms anglais sont aujourd’hui couramment utilisés dans le langage populaire, on parle de quelqu’un qui finn mett jean ek T-shirt, qui est monté lor enn podium pour recevoir enn award et maintenant il boit enn cocktail comme-ci il est enn star, il n’a pas peur que kikenn kidnap li.

La beauté du créole mauricien, c’est qu’il reste une langue vivante, des mots et des expressions ne cessent de naître chaque jour pour s’accommoder à des situations. Par exemple, pour décrire une personne qui gâche notre plaisir par son action ou sa parole, on a créé l’expression bave dan mine. Pour décrire une situation qui se gâte et où il faut prendre ce qu’on a de plus précieux, sa vie, et détaler, nous avons créé l’expression ras lavi. L’expression sans doute la plus populaire de ces dernières années est batèr bis qui décrit un profiteur. Personne ne connait l’origine exacte de ce mot, quoi que certains disent que cette expression provient de la pratique qu’ont les partis politiques le 1er mai d’appâter le public pour faire grossir la foule en mettant à leur disposition des bus pour les emmener à une fête à la plage après le meeting.

Quand on était enfant, nombre d’entre nous apprenions nos leçons de cette manière: Zanana – panié poule; la lune – dimoun; Oumem – femme. Vous l’aurez compris, panié poule c’est pineapple, dimoun ici signifie ‘dit moon’ et oumem veut dire woman. C’est que les Mauriciens aiment bien les mélanges, on parle, on s’explique et surtout, on se comprend à travers des amalgames de mots, de phrases et d’expressions provenant de l’anglais, du français, de l’hindi. Chez nous, on aime quand c’est simple. Devant un Mauricien, il ne faut surtout pas dire croquette de dholl de la grande péninsule, pran li simple, dites simplement gato pima ; ne dites pas paté triangulaire au lieu samoussa et pour maspin à l’huile, vaut mieux dire dipain frire. Et pour charmer une femme mauricienne, glissez ce petit poème: Mon amour et ton amour ferr 2 kilo pom damour. Essayez, ça marche…

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