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Bolom Noël

Eski bolom Noël pou vini ou swa pa pou vini? Cette question, les petits enfants n’ont pas arrêté de se la poser depuis des générations. Quand on était petit, on commençait à prendre conscience que la Noël approchait lorsqu’on entendait à la radio la chanson intemporelle de Tino Rossi, dont les paroles de la chanson, ‘Petit papa Noël, quand tu descendras du ciel avec tes jouets par milliers, n’oublie pas mon petit soulier”, nous faisaient parcourir des frissons à travers le corps et nos yeux brillaient de mille rêves. On allait alors voir la date dans le calendrier et comptait le nombre de jours qui restaient avant la fameuse nuit de Noël.

Notre maman profitait de notre impatience pour nous rappeler que “bizin ferr bon zenfant, lerla bolom Noël pou passé.” Ferr bon zenfan, cela voulait dire arrêter de désobéir, de pleurer pour un rien, d’embêter ses frères et sœurs, et essayer d’aider à ferr impé l’ouvrage sans rouspéter. On essayait de s’y prêter autant qu’on le pouvait, toute notre bonne foi, on aidait maman dans sa tâche, on montrait à papa qu’on portait attention à ses besoins, mais des fois on oubliait et on s’entendait dire : “Continié ferr to mové, bolom Noël pé gett toi bien la.”

À l’approche de Noël, les vitrines des magasins se transformaient, prenaient un air plus joyeux avec des décorations, des confettis, des guirlandes et des étoiles, et des cartons enrobés avec du papier cadeau et du ruban métallisé. Certains commerçants construisaient un étal supplémentaire devant leur magasin où ils exposaient des jouets pour garcons et filles: camion pompier, train, l’auto téléguidé, fusil dilo, fusil rouleau capsule, avion, helicopterr, piano, l’épée ainsi que zouzou menaz ou lakaz zouzou, machine à coudre, poupette, nounours et set maquillage.

Dans la plupart des magasins, on voyait également des ballons de football suspendus au plafond ou posés dans la vitrine ou sur une étagère. C’était bien avant l’entrée de la technologie, des jeux et des gadgets électroniques dans nos vies, lorsque les garçons adoraient passer des heures à jouer au foot dans la rue avec leurs amis. Chaque année mon papa achetait un ballon de football à Noël. Comme nous étions 5 frères, automatiquement l’un d’entre nous allait recevoir un ballon comme cadeau, et les jours suivants la Noël, il y avait de grandes parties de foot dans la cour, au grand désarroi de ma maman qui disait: “Aiyo, asterr tou mo fleurs fini!”

Dans la rue, des marchands commençaient à apporter des sapins de Noël quelques jours à l’avance. Dans certaines familles, le papa s’arrêtait pour acheter un de ces sapins pour l’emmener chez lui et le décorer avec des lalimiere alimé teigne, des guirlandes et des rubans. Une fois terminé, on invitait les enfants à brosser leur soulier et ensuite mettre une pièce d’un sou à l’intérieur avant de le placer sous le sapin.

Enfin, le 24 décembre arrivait. Les parents avaient coutume de dire que c’est le seul jour de l’année ou tou bann zenfant ferr bon zenfant. On comptait les heures et avait hâte d’être le soir, trépignant d’impatience. Quant arrivait finalement l’heure d’aller dormir, on essayait de rester éveillé le plus longtemps possible pour guetter la venue du mystérieux personnage mais les parents disaient toujours, ‘Si to attann li, li pa pou vini. Fodré to fini gagne sommeil, lerla ki li pou vini.”

En plus de savoir si bolom Noël pou vini, l’autre question qu’on se posait aussi était, kisann la ki bolom Noël? Les parents avaient à redoubler d’ingéniosités pour préserver le secret, en cachant les paquets, parfois sous le lit, parfois dans l’armoire ou sur l’armoire, parfois sous les escaliers, parfois chez un voisin. Un jour j’ai longuement réfléchi sur la question et je suis arrivé à la conclusion que c’était mon grand frère le Père Noël. J’avais procédé par élimination et finalement j’ai trouvé que mon frère avait les qualités requises: il était ingénieux et avait toujours de bonnes idées et surtout, il était toujours là à veiller sur nous. Cette année-là, mon frère m’a demandé quel cadeau j’avais demandé au Père Noël et j’avais dit que je voulais “enn fusil dilo”. Le soir de Noël, lorsque je dormais, je me suis réveillé pendant la nuit et j’ai vu que quelqu’un avait déposé un fusil à eau sur mon lit, à côté de mon oreiller. Je me suis rendormi et je me souviens avoir rêvé l’avoir apporté à l’école et, avec mes amis, on était en train de jouer à police/volerr pendant la récréation.

En ce temps-là, mon papa qui travaillait au bazar, n’avait pas de salaire fixe à la fin du mois. Les rentrées d’argent variaient selon la vente du jour. Je me souviens d’une fois où mon jeune frère et moi-même étions très petits, on nous a dit que le Père Noël ne viendrait pas chez nous parce que le travail de mon père ne marchait pas. Bien que nous ne sachions pas exactement quelle était la relation entre le travail de mon papa et celui du Père Noël, cette nouvelle nous a causé une grande peine. Nous étions découragés et nous sommes allés nous coucher avec un gros pincement dans nos petits cœurs, convaincus que nous serions les seuls enfants à ne par recevoir de cadeau.

Le matin, quand nous nous sommes réveillés, nous avons été surpris de trouver une fantastique voiture téléguidée qui nous attendait. On n’arrivait pas à y croire. Ce n’est que des années plus tard que nous avons appris ce qui s’était vraiment passé. Ce jour-là, mon papa venait de passer une journée très dure, son travail ne marchait pas. Arrivé le soir, il était en train de fermer son étal lorsqu’un individu s’est approché. Le type vendait des billets pour un tirage au sort qu’on appelait tirr surprise. Mon père est allé vers son étal et a acheté un billet à 2 roupies. C’est là qu’il a remporté la voiture téléguidée qui était un des plus gros prix exposés. Cette histoire nous a fait grandir en étant convaincus que la Noël était vraiment une fête magique et de vrais miracles pouvaient se produire ce soir-là.

Cela a été une grosse déception pour moi le jour où j’ai compris que le Père Noël n’existait pas pour de vrai. Un jour, pendant les vacances de décembre, lorsque mon petit frère et moi jouions à kook cachiette dans la maison, nous sommes tombés sur un camion électrique dans l’armoire. On n’arrivait pas trop à comprendre pourquoi ce camion se trouvait là et ne savait pas trop si nous devions en parler à quelqu’un ou non. Les jours suivants, nous n’avons pas pu nous empêcher de sortir le camion de sa cachette pour jouer un peu avec avant de le replacer dans l’armoire, sans jamais rien dire à nos parents. Toutefois, le matin de Noël, lorsque je me suis réveillé et j’ai vu que j’avais reçu ce même camion comme cadeau du Père Noël, cela est apparu comme une évidence que c’était mon papa qui nous donnait les cadeaux et subitement j’ai ressenti comme un grand sentiment de vide.

Ma maman, quant à elle, ne nous donnait jamais des jouets en cadeau pour la Noël. Elle avait toujours le souci de nous voir étudier et bien faire à l’école parce qu’elle-même avait dû quitter l’école quand elle était très jeune. Une année, elle a entendu dire que le jeu Scrabble faisait que les enfants deviennent intelligents, elle nous a acheté un jeu de Scrabble avec son argent. L’année suivante, elle nous a acheté un jeu de Master Mind, toujours dans la perspective qu’on apprenne à réfléchir. Un jour mon oncle a dit à ma maman qu’il connaissait un magasin qui vendait des puzzles à bon marché, elle lui a donné l’argent pour en acheter. Le lendemain je me suis réveillé avec un puzzle débile qui contenait seulement 9 pièces que tu prenais 5 secondes pour remettre en place. C’est clairement le plus minable des cadeaux de Noël que j’ai eu de toute ma vie et j’en fais encore souvent mention à ma maman pour l’embêter.

Puis un jour il y a eu le cyclone Claudette qui a visité l’île les jours précédents la Noël. Tout le pays s’est retrouvé sans électricité. Cette année-là mon frère avait pris part aux examens de la petite bourse et les résultats allait être annoncés à la radio. Ma mère est allée emprunter une radio à piles à l’un de nos voisins pour que toute la famille puisse écouter les résultats des examens. C’est là que nous avons appris que mon frère était classé parmi les boursiers. Ce fut un moment de grande joie pour toute la famille, spécialement pour ma maman. C’était la toute première fois que quelqu’un de notre famille réussissait quelque chose avec brio. La nouvelle s’est vite répandue dans notre localité et les gens ont commencé à ne plus nous voir que comme des petits garçons ki zot papa travay dan bazar. C’était la veille de Noël et ma maman a pris ses économies et a demandé mon papa d’acheter un vélo comme cadeau à mon frère. C’était la première fois que ma maman donnait un cadeau qui n’avait rien à voir avec notre éducation, ce présent était l’expression de la grande joie qu’elle ressentait en elle. Pendant des années, ce vélo est resté un symbole de notre fierté à nous tous.

Parce que le Père Noël finalement, c’est une métaphore, celle de l’amour que les parents ont pour leurs enfants; si on croit en l’amour, on est forcé d’y croire un peu au Père Noël.

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